Tuesday, November 16, 2010

Hani Beitinjaneh commente sur le rapport du coroner sur la tragédie de Léa Guilbeault

Le rapport du coroner http://bit.ly/cPUSXO sur la tragédie de Léa Guilbeault a été déposé le 16 novembre 2010.

Voici le texte intégral de Hani Beitinjaneh comme commentaire sur ce rapport.


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Seize mois sont maintenant passés depuis la violente tragédie qui a coûté la vie à mon épouse adorée, Léa Guilbeault. Cette tragédie brutale ne se limite pas seulement à la défaillance de points d’ancrage et à la chute d’une dalle de béton. Cette tragédie a beaucoup plus rapport aux nombreuses lacunes qui ont causé cette grande perte pour nous tous. Il s’agit aussi de parents qui ont perdu leur seule enfant, d’un époux qui a perdu sa conjointe, de membres de sa famille et d’amis qui ont perdu sa présence dans leur vie et de notre société qui a perdu son potentiel. Nous avons tous dû composer avec la douleur de cette perte et avec l’incompréhension des causes à l’origine d’une telle tragédie dans notre ville tant aimée.


Nous nous attendions à ce que le rapport du coroner émis le 16 novembre nous apporte une certaine résolution face à ce deuil. Malheureusement, ce rapport a généré plus de questions qu’il n’en a résolues. Ces questions outrepassent cette tragédie et touchent les fondements de nos vies de citoyens dans notre société, comment nos organismes publics chargés d’assurer notre sécurité assurent leur régie et comment les entreprises réalisent leurs activités parmi nous. Nous avons conservé le silence avec dignité pour que les enquêteurs puissent terminer leur travail, que toutes les parties concernées puissent fournir tous les faits pertinents, et ultimement, que des recommandations fiables soient émises et des plans mis en œuvre afin d’éviter à d’autres de telles tragédies.

Le dépôt du projet de loi 122 constitue un aspect positif de ce rapport. Le fait d’attribuer des mandats périodiques pour l’inspection des édifices et la conservation des dossiers est louable. Nous appuyons les efforts de la ministre du Travail, Mme Lise Thériault, pour que ce projet de loi soit adopté et nous invitons nos concitoyens à exprimer leur soutien et faire pression sur l’Assemblée nationale en ce sens.

Nous avons constaté que le texte du projet de loi 122 est plutôt vague et ne présente pas la transparence et la direction nécessaires pour tenir les propriétaires d’entreprises et les inspecteurs d’édifices responsables de futures tragédies. Nous appuyons la volonté du législateur telle qu’il l’a exprimée, toutefois nous aimerions obtenir des détails additionnels.

À Montréal, un laps de temps important est nécessaire avant que les expériences notées dans d’autres villes semblables à la nôtre soient mises à contribution lorsqu’il s’agit d’adopter des ordonnances et des règlements. Qu’en est-il de nos fonctionnaires de la sécurité publique et de nos législateurs? Nous sommes de l’avis que les personnes nommées pour nous protéger ont fait preuve d’un sérieux manque de jugement. Sont-ils uniquement incités à agir lorsque des tragédies et des décès surviennent?

Maintenant, passons aux éléments qui nous préoccupent :

Le fait d’attribuer le blâme à l’entreprise en construction d’origine est une dérobade puisque cet édifice est passé entre les mains de plusieurs propriétaires qui ont tous eu l’occasion d’inspecter l’édifice et sa structure avant d’en prendre possession. Par exemple, nous voulons savoir comment le propriétaire de l’édifice a réglé le problème de calfeutrage signalé lors de l’inspection de 2006. Le rapport du coroner est silencieux sur ce point. Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir accès aux rapports d’inspection?

À propos des blocs de béton

Ces immenses blocs de béton auraient dû être examinés sous tous les angles et faire l’objet d’une vérification structurelle parce qu’il s’agit d’éléments indépendants à la structure de l’édifice qui sont fixés à celle-ci à titre décoratif. Ces blocs de béton subissent des tensions constantes à la verticale et à l’horizontale causées par l’oscillation de la tour et de nombreux autres facteurs, comme les mouvements de la circulation, les éléments météorologiques tels le froid et la chaleur ou même l’effet de faibles séismes. Toute fragilisation des charnières peut compromettre l’intégrité structurelle des blocs de béton et créer des risques de dommages. De plus, toute vérification de l’édifice aurait dû commencer par les points de contact de l’édifice (soit les côtés et le dessus de l’édifice).

Lorsque la façade de l’édifice a fait l’objet de travaux de ré-ancrage bloc par bloc, est-ce que d’autres blocs ont été touchés? Est-ce que des problèmes ont été notés?

À propos de vérification diligente

Pourquoi les sociétés d’Halifax et du Texas n’ont-elles pas effectué une vérification diligente de la structure complète de l’édifice? Comment l’examen visuel a-t-il été réalisé? Le coroner a émis l’hypothèse que cet examen a été effectué depuis le sol à l’aide de jumelles. Cette hypothèse a-t-elle été confirmée par les propriétaires? Par ailleurs, le rapport mentionne l’absence de tout « défaut majeur ». Y avaient-ils des défauts mineurs qui auraient pu indiquer un problème? Lorsque la question du calfeutrage a été signalée en 2006, quelles démarches ont été entreprises pour régler le problème? Voilà d’autres éléments qui ne sont pas mentionnés dans le rapport du coroner.

De nombreuses autres questions nous viennent à l’esprit à propos de l’entretien périodique de la structure extérieure de l’édifice. L’absence de renseignements tangibles sur les origines / les antécédents / les plans relatifs à l’édifice aurait dû préoccuper sérieusement les propriétaires successifs de l’édifice. On pourrait penser qu’un examen diligent approfondi aurait été effectué puisque le risque était plus important pour la sécurité du public. Est-ce que la Ville ou un autre organisme gouvernemental a exigé des propriétaires de l’édifice d’entreprendre quelques démarches que ce soient ou de préciser ces risques?

En raison de la participation d’entreprises transfrontalières et internationales dans l’achat et la gestion de l’édifice, il est important de savoir s’il s’agissait d’une décision délibérée de la part des gestionnaires d’omettre certains éléments sur leur liste de vérification diligente quant à l’intégrité structurelle d’immeubles de grande hauteur simplement parce que les lois du Québec ne l’exigent pas. Autrement dit, ces entreprises se conforment-elles strictement aux lois du pays, même si celles-ci appliquent des normes moins élevées que celles dans leur pays d’origine ou d’autres endroits où elles ont des activités? De quels autres éléments qui n’ont pas été divulgué ont-elles connaissance?

Existait-il un conflit d’intérêts possible lorsque le propriétaire initial gérant les travaux de construction a créé l’entreprise qui a effectivement effectué les travaux? Le fait qu’il n’est pas clairement établi qu’un professionnel ait inspecté l’édifice aurait dû susciter l’intérêt de l’Ordre des ingénieurs et de l’Ordre des architectes. Pourquoi n’ont-ils pas participé à l’étude menée sur la sécurité du public? Nous sommes de l’avis que ces organismes et autres entités ont failli à leur mission de protéger le public.

Nous nous demandons combien d’autres édifices à Montréal présentent de telles lacunes. À la lecture de la rubrique de Martin Croteau dans La Presse du 12 novembre, nous trouvons inquiétant, c’est le moins qu’on puisse dire, que seulement vingt-cinq pour cent parmi 63 propriétaires d’édifices ont fourni à la Ville un rapport produit par des ingénieurs confirmant l’intégrité de leurs structures. Les propriétaires de l’édifice qui nous concerne se trouvaient-ils sur cette liste?

Le problème ne date pas de quarante ans. La question, c’est comment nous sommes parvenus aujourd’hui sans qu’aucune attention ne soit portée au problème pendant quarante ans. Cette tragédie a révélé une défaillance généralisée monumentale et un manque de leadership à plusieurs niveaux.

Ils parlent de leadership…

Ils auraient fait preuve de leadership s’ils avaient tenu compte de l’expérience de villes semblables et adopté de nouvelles lois et des mesures plus strictes pour atténuer les risques avant qu’une tragédie ne survienne.

Les propriétaires de l’édifice auraient fait preuve de leadership s’ils avaient appliqué les mesures les plus rigoureuses qu’ils connaissent et effectué les examens appropriés afin de préserver la sécurité du public, sans attendre d’y être forcés par la loi.

Ils auraient fait preuve de leadership s’ils avaient révélé au public l’état de nos plus importantes structures et les risques possibles que courent les citoyens. De ce fait, les citoyens et organismes (publics, privés et non gouvernementaux) auraient pu participer au processus de prise de décisions et à l’établissement des priorités.

Les organismes chargés d’assurer la sécurité du public auraient fait preuve de leadership en se montrant à la hauteur et en effectuant un examen approfondi pour identifier les causes fondamentales du problème et qui en est à l’origine.

Nous espérons que nos questions et préoccupations amèneront nos concitoyens à se rallier pour faire face à ces problèmes qui nous concernent tous et qui nous ont été révélés à la suite du cauchemar qui a débuté pour nous l’après-midi du 16 juillet 2009. C’est par amour pour Montréal et par conviction de la bonne volonté de tous que nous exprimons nos doutes et mettons en question toutes les parties prenantes dans l’espoir d’éviter une tragédie semblable à d’autres.

Le projet de loi 122 représente un pas dans la bonne direction en imposant la tenue d’inspections périodiques et la conservation de tous les documents pour les générations successives. De plus, nous recommandons, à titre de famille concernée, qu’un faible pourcentage des nouveaux frais d’inspection soit versé dans une fondation qui serait destinée à aider les personnes touchées par de futurs événements similaires. Léa aurait voulu que nous partagions ce que nous avons appris de la tragédie qui nous a touchée et que nous nous assurions que la ville qu’elle aimait demeure une ville dont nous pouvons tous être fiers.

Je vous remercie de votre soutien.

Hani

1 comments:

Anonymous said...

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